JCDV #6

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<<< “J’ai changé de vie” Extrait n°6 >>>

La valeur des choses

Une notion subjective, culturelle et contextuelle

Il faut ici mettre de côté ce que nous considérons comme nos « valeurs profondes », ce qui nous tient tant à coeur que nous ne dérogerions jamais aux principes que nous avons créés à partir d’elles, quelles que soient les circonstances. Mais dans la majorité des cas, ce que nous considérons comme la « valeur » de quelque chose est une notion incroyablement subjective et fluctuante selon notre éducation, la culture dans laquelle nous baignons, selon notre vécu et ce n’est donc absolument pas gravé dans le marbre…

Qu’est-ce qui a de la valeur à nos yeux aujourd’hui ? Qu’est-ce qui en avait hier ? Comment voyons-nous le monde qui nous entoure, notre vie, nos activités, nos possessions ? Si nous perdons tout cela, qu’est-ce qui nous manquerait réellement, de quoi serions-nous soulagés, libérés ?

La notion de valeur est un large fourre-tout, qui regroupe aussi bien ce qui façonne nos comportements (la plupart de nos principes et modèles de vie dépendent des valeurs que nous avons ancrées en nous), que ce que nous accordons comme intérêt aux personnes, aux choses, aux actions. Le point commun est l’intérêt et donc le jugement que nous portons sur les choses.

L’amour, la tolérance et le partage peuvent être ce que nous annonçons être comme nos « valeurs de base ». Ce qui ne nous empêchera pas de nous juger nous-même ou d’avoir des comportements dits « égoïstes » par moment.

Nous pouvons aussi accorder tout crédit à la « valeur travail », parce que cela a fait partie de notre apprentissage et que d’après notre prisme de vision, c’est la base d’une société saine. Cela ne nous empêchera pas d’avoir une notion individuelle et subjective de ce qu’est le travail, et de savourer nos moments de détente.

Nous pouvons accorder une énorme valeur à des biens matériels sans lesquels nous nous sentirions perdus, soit de par leur attachement émotionnel, soit parce qu’ils sont le fruit d’un long labeur pour arriver à concrétiser un rêve. Et pourtant qu’est-ce qui a de la valeur ? L’objet en lui-même ? Ce que nous projetons sur lui, ce qu’il représente (ce vêtement/bijoux/parfum que je portais quand il m’a vue la première fois, cette table/maison/voiture achetée au prix de nombreux compromis mais avec une telle joie – partagée – sur le moment…) ? Ce qu’il nous a appris (une étagère que nous avons réussi à monter nous-même, un jouet de notre enfance, un investissement que nous avons regretté ou assumé…) ?

Plusieurs déménagements dans des espaces de plus en plus réduits puis une période de nomadisme avec ma voiture pour base, m’ont poussée à faire plusieurs tris dans mes affaires. Certaines ont passé plusieurs mois dans des cartons dans une cave, et j’ai constaté avec étonnement que ce que je ne voyais pas ne me manquait pas. A part les affaires qui me servaient réellement au quotidien, ou quelques investissements dont je connaissais ou sentais l’utilité pour plus tard, tout le reste finalement aurait été plus utile à quelqu’un d’autre, ou n’avait pas vraiment de raison d’être conservé. Cela s’est fait progressivement, mais j’ai fini par effectuer un désencombrement massif sur trois ans, parfois douloureusement (la force des souvenirs associés aux objets) et parfois dans la joie (quelle légèreté retrouvée), parfois très solitairement, parfois bien accompagnée… J’ai ainsi eu le temps de réfléchir sur ce qui a de la « valeur » pour moi, et j’en suis arrivée à la conclusion que rien de « matériel » n’a de valeur intrinsèque. C’est l’usage que nous en faisons qui fait toute la différence.

Pour l’anecdote, dans ma période nomade, j’ai eu l’occasion de me « tailler » une sorte de cuillère dans une coque d’une noix de coco que j’avais mangée. J’avais vu quelqu’un quelques temps plus tôt avec une cuillère de ce type et cela m’avait beaucoup plu, et quand la noix de coco s’est naturellement coupée en faisant un morceau de la forme adaptée, j’ai juste eu à limer les bords, lisser les côtés, frotter un peu de chair de coco pour la protéger et elle m’a accompagnée longtemps partout où j’allais… Jusqu’à être mon seul « ustensile » avec un couteau suisse qu’on m’avait offert en remerciement d’un coup de main. Cette « cuillère » avait de la valeur à mes yeux, pour tout ce qu’elle représentait et parce qu’elle correspondait à mon besoin. Elle a disparu un jour en voyage, cela m’a fait un choc et j’ai mis quelques jours à lâcher prise… Après coup, je me suis rendu compte que je ne m’en servais
presque plus puisque je mangeais mes fruits uniquement avec les doigts ! Belle leçon encore une fois… Puis j’ai recommencé à avoir besoin de couverts, puisqu’avec mon amoureux nous avons récemment augmenté la fréquence de nos salades faites avec amour et jus de citron. Les doigts n’étaient plus dans ce cas les outils les plus adaptés, et nous avons trouvé des sets de couverts en bambou dans un magasin bio, parfaitement adaptés en terme de contenu, de durabilité, de mode de fabrication (engagement de la marque), de ressources – par rapport à ce qui se trouve à l’heure actuelle – (la pochette de transport est faite en bouteilles recyclées, et c’est même joli dans l’idée : justement en voyage nous sommes encore souvent contraints d’acheter des bouteilles d’eau en plastique)…

Aujourd’hui j’accorde une certaine « valeur » à ces couverts de par la réflexion qui a accompagné leur achat et l’adéquation parfaite avec mes besoins actuels. Mais si cela évolue ou que je rencontre quelqu’un qui en a plus besoin que moi, je n’aurai aucune difficulté à les laisser vivre leur vie et je ne me sens plus « attachée » à eux, et cela change tout. J’ai pris un outil pratique pour illustrer l’histoire, mais cela vaut dans de nombreux autres cas évidemment.

Une fois acquise la subjectivité et donc la flexibilité de ce que nous croyons être « important » à nos yeux – en fonction de la valeur que nous accordons à telle ou telle chose (au sens large) –, nous pouvons élargir un peu notre vision et observer nos attachements, nos choix, nos modes d’actions qui en découlent, et imaginer ce que serait notre vie avec des valeurs différentes. Tout est possible, puisque rares sont nos valeurs innées ! 

Imaginer et visualiser notre vie sous un autre jour ouvre tout autant de portes sans pour autant nous obliger à les franchir immédiatement.

Cela permet d’élargir les « possibles » pour notre esprit, et comme nous sommes avant tout des êtres qui fonctionnons avec notre cerveau, tant que nous n’avons pas imaginé, perçu, conçu en nous quelque chose il nous sera difficile, voire impossible, d’aller voir dans cette direction…

Quelques clés pour des choix éclairés

Il y a plein de « bonnes » raisons que l’on peut se trouver pour « consommer », acheter « toujours plus », renouveler sans cesse le contenu de nos maisons et de nos placards, car nous avons toujours l’impression qu’il nous « manque » quelque chose…

Certains achats sont assurément sensés et utiles dans certains contextes, mais bien souvent ils ne reflètent que notre besoin de combler un manque bien plus intérieur, celui de notre connexion avec nous-même, celui de ne pas nous souvenir ce que nous sommes venus faire ici. Ils peuvent aussi être simplement l’expression d’un mal-être, d’une frustration, une compensation émotionnelle… Cerner nos impulsions et nos motivations est une première étape pour mieux orienter nos choix !

Voici quelques « critères » qui se sont imposés à moi au fil du temps pour m’aider à faire la part des choses, et assumer ma part de responsabilité dans le monde dans lequel j’évolue :

• Nécessité : la première des choses à se demander ! Pourquoi cet achat ? Qu’est-ce que cela m’apporte, à quel besoin est-ce qu’il répond ? Pour faire comme tout le monde ? Parce qu’on me l’a bien vendu ? Parce que cela me fait « plaisir » (dans ce cas creuser ce qu’il y a derrière !) Parce que je ne peux pas vivre sans (préciser un peu plus…) ? Parce que je suis incapable de créer cela moi-même et que personne dans mon entourage n’en a les capacités ou l’envie ? Que se passera-t-il si je n’effectue pas l’achat ?…

• Durabilité : est-ce que les matériaux, la qualité, la résistance du produit le rendent potentiellement utilisable pendant des années ? Ou est-ce un produit jetable qui devra ainsi rejoindre une décharge ou un incinérateur dès qu’il aura fait son court usage ?

• Ethique : qui a travaillé pour fabriquer ce produit, dans quelles conditions ? Pour quel bénéfice ? Est-ce que j’accepterais de travailler moi-même – ou de faire travailler quelqu’un que j’apprécie – dans ces conditions ?

• Écologie : quelles ressources ont été utilisées ? Avec quelles conséquences ? Que deviendront les composants après la « fin de vie » du produit (pollution, épuisement des ressources, surexploitation des sols ou détournement d’une surface qui pourrait servir plus harmonieusement dans ce monde…) ?

Prendre l’habitude d’avoir conscience de ces points permet de mieux nous connaître et de faire des choix de plus en plus en conscience. Et plus nous sommes conscients de nos choix, de ce qui les influence, et de ce qu’ils impliquent au-delà de notre confort personnel, plus nous réduisons notre sentiment d’impuissance face à ce que nous ne validons pas dans le monde tel que nous le connaissons.

Je me suis toujours souvenu de la phrase « si tout le monde faisait comme moi… ». Sans aller jusque là, j’essaye toujours de prendre en compte que potentiellement, chaque choix que je fais peut-être fait à l’identique par une centaine de personnes. Cela change beaucoup de choses d’avoir cette conscience… C’est à double tranchant, car on peut vite se sentir dépassé et culpabiliser à la moindre de nos actions ! Heureusement, plus on avance sur le chemin de la connaissance personnelle, plus on se connaît, plus on maîtrise les tenants et les aboutissants de nos pensées et actions, plus ce sentiment s’estompe au profit d’une certaine évidence, fluidité, de la simplicité de se sentir cohérent et en harmonie entre ce que nous souhaitons voir dans le monde et ce que nous exprimons par nos gestes. Les étapes sont plus ou moins longues et l’important n’est pas le point d’arrivée, c’est le chemin qui y mène !

<<< A suivre… >>>

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“extrait du livre J’ai changé de vie – Pénélope Nazzari – © Smile Book Edition 2017 – www.smilebookedition.com
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Illustration de Anne Rouvin – Tous droits réservés.

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